vendredi, avril 20, 2007

L'AVIS DES AUTRES...

Puisque cela commence à considérablement m'agacer d'avoir à trouver des calembours( pour les enfants de moins de 10 ans et les adultes incultes qui lisent ce blog, je tiens à préciser qu'un calembour est un jeu de mots) stupides sur les titres de films, je vais m'employer ce mois-ci à réduire en miettes, que dis-je, en poussière, un film encensé par la critique et bon nombre de spectateurs, parmi lesquels nombre de nos chers et vénérés clients.

Il y a quelques semaines de cela, poussé par l'avis général, et la vie de manière générale, je me rendis dans une de ces salles qui ne sont réellement obscures que jusqu'a ce que le film commence.
Va voir "la vie des autres" m'avait-on dit, c'est magnifique, fabuleux, le plus beau film de cette décennie.
Premier hic: Cette décennie a vu la naissance de la trilogie du Seigneur des anneaux, à laquelle rien ne saurait être supérieur, excepté sans doute un pot de 200kg de Nutella.
Comprenez donc bien que si l'ouvreur ne distribuait pas un pot de 200 kg de Nutella à l'entrée du cinéma, "la vie des autres" aurait beaucoup de mal à s'imposer comme meilleur film de la décennie à mes yeux.
Cependant, faisant fi de ces méditations diurnes et de ces à-prioris indignes d'un humain républicain et démocrate(impossible de dire ça si j'étais américain, donc j'en profite!), je m'engageai dans la salle, m'attendant à passer malgré tout un agréable moment.
Le film commença...continua...et se termina.

La première impression qui se dégage est un sentiment mitigé: le film est correct, bien mis en scène, bien interprété, mais il lui manque quelque chose...
Une fois la première impresiion dégagée par les soins d'une mémoire vive défaillante, un sentiment d'agacement vient prendre sa place: Et si, une fois de plus, j'avais été berné par l'avis général?
La fin du film est, après réflexion, assez consternante de mièvrerie dégoulinante, et la trame générale repose sur une invraisemblance tellement énorme qu'elle en aurait fait de l'ombre à Gargantua.
Je m'explique: Pour résumer "la vie des autres", il s'agit d'un agent de la STASI (pour les enfants de moins de 10 ans, la STASI était la "police secrête" du régime communiste Est-allemand, soit un petit frère du KGB) auquel on confie la lourde tâche de confondre un célèbre metteur en scène, qui a le tort de vivre avec une actrice convoitée par un haut fonctionnaire du régime. L'agent va donc écouter le couple pendant des heures, des semaines, des mois(on ne sait pas trop), dans l'espoir de dénicher une quelconque preuve compromettante qui conduirait le metteur en scène droit en prison.
Le metteur en scène étant ami du grand manitou du régime communiste, il faut une preuve réelle de sa possible trahison envers ce régime, trahison évidente dans la mesure où tous les artistes sont des rebelles dans l'âme(cf: Elia Kazan).
Là où le bât blesse, c'est que jamais les méchants qui veulent faire plonger le gentil ne songeront à fabriquer une preuve, pratique pourtant courante dans ce type de dictature.
On m'objectera que le metteur en scène a des relations, et je répondrai que Danton et Trotsky en avaient aussi.
Bref, pas très vraisemblable tout cela. Cependant, "la guerre des étoiles" non plus, alors on ne va pas chipoter pour si peu.
Le film vaut, dit-on, par sa beauté intrinsèque, surtout en ce moment où il ne pleut pas beaucoup.
L'art qui sauve les gens, qui éveille les consciences...un beau conte de fées. Je ne voudrais pas paraitre pessimiste, et encore moins cynique, en ces temps électoraux, mais cela fait belle lurette que l'art ne sauve plus personne sinon dans l'imaginaire collectif restreint des habitants du Paris privilégié que nous sommes.
Qui, aujourd'hui va pleurer en écoutant du Bach(je ne parle pas de Mozart, parce que de toute façon, c'est impossible) sinon des gens qui ont été éduqués à coup de musique classique, et donc d'un milieu socio-culturel plus élevé que la moyenne.
Qui sera ému par une toile de Van Gogh? qui comprendra la portée de "La peste"?
Peu de gens, et en tout cas, quasi-exclusivement des gens qui sont déjà "éclairés" et sauvés( ce qui ne veut pas dire que des gens que l'art ne touche pas ne puissent être éclairés).
La faute à qui? A des films comme "la vie des autres" qui répondent uniquement à nos attentes et ne nous font pas réfléchir. Des films agréables à regarder mais qui ne servent à rien. La dictature, c'est pas bien! Tiens donc, je l'ignorais!Les méchants ne sont pas tous méchants pour toujours! Chouette, on vient juste de dépasser les Walt Disney!
Et cette fin à laquelle on n'ose croire tellement elle est belle et hollywoodienne(dans la catégorie: films qui finissent "moyennement bien").

Ce film se place au même niveau que "la liste de Schindler" en ce sens qu'il a un intérêt "historique", mais aucun au niveau artistique.

Si vous avez aimé "la vie des autres", vous n'aimerez probablement pas, dans le désordre: Old Boy et les films asiatiques qui en général finissent vraiment mal, l'oeuvre dramatique de Shakespeare pour les mêmes raisons, les tableaux de Francis Bacon, l'armée des ombres et la vie car elle se termine par la mort.

Je plaisante, mais j'ai vraiment trouvé le film passable!

Pour conclure, je vous rappellerai, quelque soit vôtre bord, les paroles de ce bon vieil Albert Camus: "Ne pas prendre parti, c'est collaborer". Alors, allez voter!

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2 rumeurs :

Anonyme said...

Ah non alors! Là je dois à ma conscience de m'exprimer sur ce post :)
Même si je suis plutôt d'accord sur l'analyse du film en elle-même, à savoir que c'est un bon film, mais qui ne marquera sans doute pas nos consciences en profondeur, je n'adhère pas du tout à la réflexion sur l'art qui en découle. Comprenons-nous bien: je respecte totalement ce point de vue, mais je tique un peu quand même en lisant certains passages. Je vais essayer de faire clair: on a la sensation en te lisant que tu déplores qu'aujourd'hui l'accès à l'interprétation d'une oeuvre d'art sois réservé à une élite, et que la faute en incombe au genre de film que peut être "la vie des autres", qui se voudrait une fausse réflexion philosophique, mais limitée dans sa portée parce que ne traitant pas de sujets assez dignes d'intérêts. ok. Et si cet élitisme culturel (incontestable il est vrai) ne naissait-il pas justement de ce raisonnement? Je m'explique: ce film te paraît fade, sans doute à cause ou grâce à une éducation artistique, une sensibilité, une capacité d'analyse et une réflexion qui aiguisent une interprétation et entraînent une certaine exigence. Mais je crois qu'on ne peut pas pour autant se permettre de ramener tout ça à une généralité. Cette fameuse éducation, ces outils que nous avons façonnés et qui mette notre cerveau analytique en branle dès les premières images d'un film ou les premières notes d'une symphonie... on en perd notre innocence et notre capacité à nous laisser toucher, quelque soit la qualité du support. Et on a un peu trop tendance à asséner nos réflexions comme des vérités universelles. N'importe qui a le droit inaliénable d'être touché par n'importe quoi, même si pour d'autres ça sera la pire daube du siècle;Je crois que l'art c'est ça, et que n'importe quel quidam est capable d'y accéder. Pour me la jouer grave je vais citer un philosophe inconnu du grand public: "A mes yeux, détient une parcelle de poésie tout être capable d'évoquer spontanément les sentiers d'une forêt verdoyante devant un feu de bois et de voir dans la vie quotidienne un outil négligeable s'il n'est pas au service d'une existence visant à l'élévation de l'homme. N'est donc pas étranger à la poésie celui qui, même placé à ras de terre, découvre à toute chose son aspect céleste, en opposition à celui qui, de la femme, ne retient que le sexe et du feu de bois son prix de revient. Autant dire que peu d'êtres sont privés de ce coin de ciel pur aspirant à occuper tout le champ sensible."
Et juste pour le plaisir de polémiquer: j'ai aimé la vie des autres à son niveau, j'adore aussi old boy et le cinéma asiatique en général, shakespeare est pour moi une source d'émerveillement inépuisable, je peux tout à fait pleurer en écoutant du bach et même (surtout) du Mozart, et bien d'autres choses d'ailleurs. Je serai aussi la première à courir au cinoche voir spiderman 3, et j'aime me garder le droitd'apprécier une bonne daube (dans une certaine limite) quand l'envie m'en prend, ou de regarder un film uniquement parce que l'acteur me plaît :)
Pour conclure: vive l'éclectisme et le tolérance. Et tant que le cinéma continuera à toucher les masses, mêmes quand il est moyen, tout espoir n'est pas perdu et ça, ça se respecte!!
Bon, c'est vrai, le sujet me chatouille un peu alors je m'enflamme! Sur ce, allons mettre notre super pouvoir de réflexion au service de notre choix éléctoral de demain!
Bonne nuit et vive la polémique :)

12:03 AM, avril 22, 2007  
Lionel qui n'aime pas les anonymes... said...

Bonjour et merci, ça fait plaisir de se sentir moins seul...
Si mes neuronnes étaient assez vvivaces pour me rendre compte qu'il y avait un blog dessus j'aurais bien participé avant...
Merci donc, car je suis allé voir le film avec 3 jeunes profs de français qui on trouvé ce film parfait et je me suis fait incendié lorsque je leur ai dit que j'avais beaucoup aimé le sujet, mais son traitement n'est tellement pas plausible que cela nuit à la crédibilité des vies que l'ont nous montre (et c'est bien dommage !). J'ai trouvé le côté "quarantenaire de la stasi à l'esprit formaté qui se libère (en pensée et en acte) du joug du communisme tout en restant l'homme simple qu'il est" complètement impossible et je suis au moins aussi déçu que notre blogger.
Aller, je vous la fait courte, bise à tous :

10:06 PM, septembre 08, 2007  

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